Avec la guerre en Iran, on aura tous remarqué la montée ahurissante du prix du pétrole au cours du dernier mois. Bien que tous les efforts doivent être mis en œuvre pour mettre fin à cette guerre absurde, il est à noter que le Canada, en tant que 4e producteur mondial de pétrole, peut bénéficier amplement de cette crise. De son côté, l’Alberta, qui a préféré baisser ses impôts à zéro plutôt que d’accumuler un vrai coussin collectif, se retrouve périodiquement à dénoncer la péréquation lorsqu’elle traverse des années plus difficiles. Pourtant, on sait tous qu’il existe de meilleures façons de créer de la richesse que par des baisses d’impôts. Le problème n’est pas seulement de produire plus de pétrole, comme le voudraient certains, mais de transformer les retombées de celui-ci pour que le pays et la population en général en bénéficient. Voilà quelques idées :
Créer un vrai fonds souverain
La Norvège l’a fait, et cela lui a été très profitable. Aujourd’hui, elle dispose du plus gros fonds souverain au monde. Les revenus du fonds peuvent être réinvestis dans la société. Pour vous donner un ordre de grandeur, si on divise la valeur du fonds souverain norvégien par sa population, chaque individu disposerait de 509 000 $ canadiens. Si on soustrait la dette de la Norvège à ce chiffre, il reste encore un bon 451 000 $ par tête. Pour ce qui est du Canada, il n’y a pas de fonds souverain, donc la dette brute est directement comptabilisée par habitant. À la naissance d’un Canadien, celui-ci démarre donc « théoriquement » avec une dette de 87 000 $. Belle façon d’apparaître dans ce monde, hein?
Investir dans la transformation plutôt que dans l’extraction seule
Malgré le fait qu’on investisse dans le pétrole depuis des années, le Canada est toujours incapable de transformer entièrement le pétrole lourd qu’il extrait. Pour être transformé, celui-ci doit d’abord être envoyé aux États-Unis, qui vont bien entendu capter une partie des profits générés. C’est donc une grande part de notre richesse collective qui est en quelque sorte « taxée » par les États-Unis. Il faut changer cela au plus vite.
Utiliser les surplus pour diversifier l’économie
Bien que les revenus du pétrole soient intéressants, on ne peut pas se baser uniquement sur la variation cyclique de son prix pour mesurer la richesse d’un pays. Plusieurs pays l’ont compris, comme les Émirats arabes unis, qui ont investi dans la modernisation de leurs infrastructures et dans le tourisme de luxe afin de diversifier leur économie.
Renforcer les infrastructures stratégiques
En plus d’aider à vendre du pétrole ailleurs qu’aux États-Unis, la construction de chemins de fer, de ports et de routes nous aidera à créer un avantage commercial pour le Canada. Avec l’accès à l’océan Arctique, qui deviendra bientôt plus accessible pour les bateaux, il est urgent d’y investir afin de sécuriser cet avantage concurrentiel pour les générations futures.
Miser sur l’innovation énergétique
Le pétrole n’est pas une ressource inépuisable. Les gens plus conservateurs auront bien beau dire que le pétrole ne pollue pas (c’est quoi, cette fumée noire qui sort des tuyaux d’échappement, déjà!? ), il reste que les seules ressources véritablement inépuisables sont celles qui peuvent aussi être bénéfiques pour l’environnement. L’eau, le vent, la géothermie et le soleil permettent de produire de l’énergie, alors il serait absurde de ne pas y investir. Au Québec, les investissements en hydroélectricité représentent encore une richesse collective 70 ans plus tard. On ne pourra pas en dire autant du pétrole pour plus tard.
Négocier une meilleure capture collective de la rente
Avec l’augmentation du prix du pétrole, la plupart des profits vont dans les poches des entreprises. Pourtant, aucun effort supplémentaire n’a été déployé de leur côté. Compte tenu du fait que cette ressource appartient aux Canadiens, ne serait-il pas normal qu’une tarification progressive en fonction du prix soit instaurée? À titre indicatif, voici un tableau estimé des profits générés pour les entreprises dans la crise actuelle du pétrole :

Source : centre canadien de politique alternative.



