Le ciel au-dessus de la ville de Surin, en Thaïlande, s’est illuminé de roquettes. Pendant que deux gouvernements – la Thaïlande et le Cambodge – échangeaient accusations et projectiles… les civils sont forcés de fuire leur domicile.
Selon la BBC, le conflit s’est intensifié ces derniers jours à douze endroits différents de la frontière. Des armes lourdes ont été utilisées. La Thaïlande accuse le Cambodge d’avoir ciblé des zones civiles. Le Cambodge, de son côté, accuse son voisin d’utiliser des munitions à fragmentation, interdites dans une grande partie du monde. La Thaïlande, pour l’instant, n’a pas répondu.
Le Premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai, se veut rassurant : il ne s’agit pas d’une guerre. Pas officiellement. Simplement une flambée de violence. Un pré-conflit, dirait-on à Genève.
Sur le terrain, les civils fuient — encore. Des familles se réfugient dans des écoles transformées en centres d’évacuation. Les plus vieux, déjà déplacés pendant la guerre civile cambodgienne, disent que les bombardements récents sont pires que ce qu’ils ont vécu dans les années 1980. Certains villages sont déserts ; seuls restent quelques hommes pour garder le bétail, armés de machettes et de fatalisme.
Le cœur du conflit ? Un temple ancien, perché entre deux frontières contestées. Quelques kilomètres de forêt. Et, surtout, une ligne tracée à la règle par des colonisateurs français, il y a plus de cent ans. Ce genre de ligne droite sur une carte, coupée au milieu des peuples, des langues, et des mémoires. Depuis, les conflits sporadiques n’ont jamais vraiment cessé.
Pendant ce temps, les puissances mondiales expriment leur profonde préoccupation. Les États-Unis, la Chine, l’Union européenne appellent à la retenue. La Malaisie a proposé une médiation, mais la Thaïlande a décliné. On préfère régler ça « entre nous ».
À croire que la guerre est devenue une habitude humaine. Un bruit de fond que plus personne n’écoute, sauf quand il explose trop près.
Et pendant que vous lisez ceci, à la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, les routes sont désertes, les écoles silencieuses, les familles dispersées. Et les enfants apprennent – souvent trop tôt – que l’Histoire est une machine absurde lancée par les adultes, et que ce sont eux qui en paieront le prix.



