Cela fait maintenant plus d’un an que le président américain Donald Trump est à la tête de la première (ou deuxième?) économie mondiale. Lors de sa campagne électorale, le politicien controversé promettait des tarifs importants sur la grande majorité des pays avec lesquels les États-Unis font du commerce. La rhétorique était que les pays voulant bénéficier de l’énorme marché américain allaient devoir payer pour faire des affaires, et que cela amènerait d’énormes richesses pour le peuple américain ainsi que des milliers d’emplois au pays.
Historiquement, les tarifs sont un outil visant à protéger les industries locales contre celles d’autres pays qui sont plus productives et offrent des produits moins chers. Cependant, les tarifs ont d’habitude été payés finalement par le consommateur du pays qui les met en place. Avec maintenant plusieurs mois et quelques millions de produits ayant été échangés, les études commencent à sortir et nous pouvons voir qui a raison entre le président Trump et l’histoire.
Pour ce faire, nous allons regarder l’étude récente de l’Institut Kiel[1], qui est un institut de recherche économique sérieux et indépendant situé en Allemagne. Un groupe de chercheurs a fait l’analyse de plusieurs millions d’échanges et voici ce qu’ils ont trouvé :
- Les revenus des tarifs ont été d’à peu près 200 milliards de dollars américains.
- 96 % de cet argent a été perçu auprès des acheteurs américains ou des entreprises importatrices.
- Le volume d’échanges a dégringolé, mais les prix d’exportation sont restés les mêmes.
Les résultats sont clairs. Ce sont les compagnies importatrices et les consommateurs américains qui paient la facture. Les compagnies à travers le monde n’ont pas réduit leurs prix, seulement le volume d’exportation. L’impact sera donc, sur le long terme, une augmentation des prix ainsi que des marges plus petites pour les importateurs. Prenons maintenant deux données importantes pour l’économie, soit l’inflation et la situation de l’emploi.
Il est important de noter que le taux d’inflation des États-Unis, bien que plus élevé que leur cible de 2 %, reste raisonnable à 2,7[2] %. Trois données sont particulièrement importantes pour la population : le prix de l’essence a diminué de 3,4 %, mais ceux de l’alimentation et du logement ont augmenté de 3,1 % et 3,2 %, ce qui fait mal aux consommateurs les moins nantis et même à la classe moyenne.
L’autre point qu’il faut maintenant regarder est la création d’emplois. Les chiffres de 2025, toujours aux États-Unis, sont les plus bas depuis 2020, année qui a été désastreuse en raison de la COVID-19. La moyenne d’emplois créés par mois était d’environ 49 000, comparativement à 168 000 en 2024. De plus, le secteur le plus touché est celui de la manufacture[3]. Le choc est donc brutal. Il faut toutefois attendre encore un certain temps avant de tirer des conclusions définitives sur le marché de l’emploi, car cela peut prendre plusieurs mois, voire des années, pour s’adapter.
Il semble donc que personne ne sorte gagnant de cette situation. D’ailleurs, la légalité des tarifs est maintenant devant le tribunal de la Cour suprême et, dans le cas où celle-ci les invaliderait, l’administration Trump devra rembourser la majorité de l’argent perçu. Cela causerait certainement d’énormes problèmes pour le gouvernement.
[1] https://www.kielinstitut.de/publications/news/americas-own-goal-americans-pay-almost-entirely-for-trumps-tariffs/
[2] https://fr.tradingeconomics.com/united-states/inflation-cpi



