Pourquoi le premier ministre canadien Marc Carney fait un accord avec la Chine s’il a mentionné précédemment qu’elle était la plus grande menace pour le Canada?

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Pour les férus d’actualité politique, il ne sera pas échappé que le premier ministre canadien termine une visite en Chine précédemment très anticipée par les analystes et autres politicologues amateurs. Dans un effort de trouver de nouveaux débouchés pour le Canada à la suite à des tarifs exorbitants imposés de la part des États-Unis, le premier ministre du Canada fait une tournée mondiale de séduction économique. L’objectif est d’augmenter les investissements au Canada et également de permettre aux produits canadiens l’accès à de nouveaux marché, ce qui permettrait du même coup de diminuer le risque inhérent à son voisin le plus proche.

Tout le monde connaît l’histoire, ceux qui n’ont pas vécu sous une roche en 2025 savent que Donald Trump menace de tarifs le Canada et la plupart de ses alliés occidentaux. Le marché américain étant la 1ère économie mondiale (ou 2ème après la Chine?… bon c’est débattable), il n’y a pas de meilleur débouché pour le remplacer que celui de l’Empire du Milieu.

C’est donc depuis cet été que M. Carney courtise la Chine afin d’améliorer des relations auparavant tendues entre les deux nations. Après une invitation de la part de Xi Jinping, le premier ministre passe 3 jours sous le tapis rouge en Chine du 14 au 17 janvier 2026. Vers la fin de la visite, il nous arrive avec le bel accord que voici :

  • Le Canada abaissera ses tarifs sur les véhicules électriques, qui étaient auparavant de 100 %, à 6,1 % sur les premiers 49 000 véhicules entrant au Canada.
  • La Chine abaissera ses tarifs sur les graines de canola canadiennes à 15 %. (excluant l’huile)
  • La Chine donne également accès sans visa à son territoire aux Canadiens

On parle alors d’un réchauffement spectaculaire des relations. C’est là que plusieurs critiques sur les forums en ligne et les réseaux sociaux interviennent et posent cette question (ou cette accusation) :

  • Pourquoi le premier ministre canadien Marc Carney fait un accord avec la Chine s’il a mentionné précédemment qu’elle était la plus grande menace pour le Canada? (ou !? avec point d’exclamation en plus pour les plus fervents critiques)

La plupart des réponses rencontrées sur le web diront à ces critiques (critiques qui sont parfois de mauvaise volonté, mais qui soulèvent tout de même un point intéressant) que la situation a changé et que maintenant la plus grande menace est les États-Unis.

Je dirai par contre ce bémole : « la chronologie ne fait-elle pas de sens? ». On se rappellera que Marc Carney a gagné son élection sur la base des menaces américaines. C’est le 1er février 2025 que Trump menace de 25 % de tarifs sur les produits canadiens, et le 10-11 février que se rajoutent des tarifs sur l’acier et l’aluminium. Marc Carney participe au débat des chefs à Montréal le 17 avril (2 mois plus tard), débat qui commence son thème sous le nom de « Tariffs and threats to Canada ». C’est durant ce débat que le chef du parti libéral du Canada mentionne que la Chine est la plus grande menace pour le Canada. Bref, le changement de paradigme avait déjà lieu.

Les soutiens au premier ministre canadien sur les réseaux se trompent donc lorsqu’ils mentionnent que c’est dû à la nouvelle menace. Alors pourquoi M. Carney aurait-il dit cela? Pourquoi n’a-t-il pas mentionné les États-Unis comme la menace actuelle? Analysons cela point par point. La réponse est bien évidente :

  • Le journaliste qui a posé la question à M. Carney souhaitait clairement faire la nouvelle en espérant voir le premier ministre canadien pointer du doigt son voisin comme la plus grande menace du Canada. Peu importe la réponse, cela a bien fonctionné puisqu’on en parle encore l’année suivante.
  • Le premier ministre du Canada ne pouvait vraisemblablement pas répondre “les États-Unis” sans créer un tollé chez le voisin et surtout chez Trump.
  • La réponse la moins risquée est la Chine. Puisque les relations étaient déjà mauvaises à ce moment-là, on ne s’attend pas à de grandes surprises.

À savoir qui est vraiment la plus grande menace pour le Canada, seul le temps nous le dira…

3 réflexions au sujet de “Pourquoi le premier ministre canadien Marc Carney fait un accord avec la Chine s’il a mentionné précédemment qu’elle était la plus grande menace pour le Canada?”

  1. Les cartes sont redistribuées : l’allié d’hier ne l’est peut-être plus aujourd’hui.

    Alors que le gouvernement Trump multiplie les menaces envers le Danemark, le Groenland et les pays européens solidaires d’un Groenland libre, le Canada ne peut plus se permettre une diplomatie naïve. Il doit adopter des politiques diplomatiques et économiques pragmatiques.

    Rien ne permet de croire que le Groenland sera la dernière cible des ambitions de l’empire américain.

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